Pourquoi le Chariot fascine-t-il autant les plongeurs ?
Le Chariot est un vestige de l’activité humaine dans le Bassin d’Arcachon, et un rappel de l’importance de préserver l’environnement marin. La forme particulière de cette épave au milieu d’une lagune de sable invite une biodiversité exceptionnelle avec une concentration d’anémones bijoux, marguerites, de congres, d’araignées de mer, de homards, de tacauds, de bars et bien d’autres espèces qui ont élu domicile sur cette structure métallique.
Le Chariot n’est pas un navire coulé par accident, mais un engin de travaux publics sous-marins, plus précisément un « traineau d’ensouillage de conduites ». Il était essentiellement un véhicule sous-marin téléguidé, conçu pour avancer sur le fond marin tout en tirant derrière lui une canalisation, équipé de chenilles pour se déplacer ainsi que d’outils pour creuser et enfouir le tuyau. Le chariot était relié à une barge de surface par un câble ombilical. Ce câble lui fournissait l’énergie nécessaire à son bon fonctionnement et permettait de le contrôler à distance. Commençant par creuser une tranchée dans le fond marin, il tirait ensuite la canalisation dans celle-ci et la recouvrait de sédiments.
Les travaux terrestres réalisés de 1968 à 1971, sous la maîtrise d’ouvrage du Syndicat Intercommunal des Communes Riveraines du Bassin d’Arcachon (S.I.A.C.R.I.B.A. aujourd’hui le S.I.B.A.). Ils consistèrent à construire une canalisation de 30,5 km et de 1200 mm de diamètre. Les déchets de l’usine de la Cellulose du Pin située à FACTURE-BIGANOS, étaient dès lors rejetés à La Salie directement à l’océan. Le Bassin d’Arcachon était donc débarrassé de la pollution chimique due aux eaux de la papeteries. L’entreprise allemande HARMSTORF, adjudicataire des travaux à la mer en 1970, devait poser, en partant de l’extrémité de l’émissaire jusqu’à 5500 m au large, un diffuseur de 250 mètres de long et une canalisation plastique de 1,20 m de diamètre enfouie avec 2 mètres de couverture par des fonds de -25 à -30m. Les difficultés, dues à la présence de houle, ralentirent le chantier. Il ne put être terminé dans le délai prévu (fin 1970). Deux diffuseurs furent l’un cassé et l’autre emporté par la tempête.
Au moins 4 graves accidents de plongée eurent lieu durant le chantier, 2 furent fatals.
Pour finir, il fallut bien trouver une solution de remplacement. Elle se matérialisa par la construction d’une estacade ou un wharf que nous connaissons tous à ce jour. Ces travaux se réalisèrent de 1972 à 1974.
LA FAMMILLE HARMSTORF a écrit une longue page de l’histoire des travaux sous-marins. En 1870, Friedrich Matthias Harmstorf fut le premier plongeur à explorer l’Elbe près de Hambourg. Son fils Alnwick, également plongeur, mit au point en 1926 une technique d’enfouissage de câbles dans les fonds marins basée sur l’utilisation d’injecteurs d’eau sous pression. Le petit-fils, Rudolf Harmstorf perfectionna le procédé qu’il mit en oeuvre un peu partout dans le monde. En France, plusieurs chantiers furent confiés à sa société de 1954 jusqu’à 1971. Ce fut la faillite en 1972 ! La dévaluation du dollar et la réévaluation du mark vont avoir pour conséquence inattendue la mise à mal de l’entreprise HARMSTORF. Cette dernière avait entrepris un grand chantier à Brême et subissait de lourdes pertes financières à Anchorage (Alaska). La compagnie pu reprendre ses activités dès 1975. Elle rencontra la réussite dans de nombreuses régions du monde jusqu’en 1992, date de sa vente à British Telecom /Cables & Wireless.
Cette épave repose sur un fond de 28 m à 3000 miles nautiques entre Biscarrosse et la Salie, face au Wharf, secteur privilégié des surfeurs.
Bien plus qu’une simple épave. C’est un véritable écosystème sous-marin, un témoignage historique et un lieu de plongée exceptionnel. Son attrait réside dans la combinaison de ces différents aspects, qui en font un site unique et fascinant.


